On n’a pas fini d’entendre parler de l’affaire de Djaffer Ait Aoudia, le journaliste franco-algérien menacé de mort en France par l’extrême droite. Le parquet de Draguignan a diligenté une enquête et, selon nos sources, l’ambassadrice de France au Conseil de l’Europe devra s’expliquer devant ses pairs.

Le 18 juin dernier, juste avant le deuxième tour des élections législatives en France, des menaces de mort ont été proférées contre Djaffer Ait Aoudia, journaliste et directeur du journal le Correspondant, suite à la publication d’un article sur le passé trouble de Philippe Schreck, candidat à députation sur la liste du Rassemblement National, à Draguignan dans le sud de la France.

C’est que l’auteur de cet article, Jeff Martin, n’est pas allé de main morte. Comme Algérie-Expat s’en est fait l’écho, le 25 juin dernier, le journaliste a dévoilé l’ensemble des « sales affaires » de Philippe Schreck, de l’époque où il était jeune avocat jusqu’à son mandat de bâtonnier (2018-2020), à la tête de l’Ordre des Avocats de Draguignan.

« Les amis corses du député »

C’est là où son entourage est intervenu, manifestement décidé à se faire justice hors du cadre légal. Ils ont menacé le journaliste de lui envoyer « des amis corses pour lui régler son compte » et, plus tard, ces menaces ont été réitérées par l’ex-femme du député, devant de nombreux témoins. « Dites à votre mari que ce ne sont pas des menaces, mais des promesses », aurait-elle lancé en direction de la femme du journaliste.

Philippe Schreck a été élu député et Djaffer Ait Aoudia s’en est tenu aux lois de la République et a déposé plainte au commissariat de Draguignan, appuyé par l’association Reporters Sans Frontières. Le procureur de Draguignan a diligenté une enquête et, selon nos informations, les auditions des témoins et des personnes mises en cause ont déjà commencé.

Une vague de soutien et d’indignation

Mais au delà du cadre judiciaire, cette affaire commence à prendre une certaine dimension médiatique et institutionnelle. Du journal l’Humanité à l’Obs, en passant par Le Figaro, BFM, l’AFP… la plupart des grands titres de la presse française s’en sont fait l’écho. Même la prestigieuse chaîne de télévision américaine, CNN a relayé les menaces sur Twitter.

Des menaces prises au sérieux par l’Association reporters sans frontières (RSF), qui appelle les autorités à « traiter sans délais la plainte » déposée par Djaffer Ait Aoudia.

Le 5 juillet, le Syndicat national des journalistes (SNJ) a convoqué une réunion d’urgence dans ses bureaux, à rue du Louvre à Paris. Le lendemain, sur son site officiel, il a publié un communiqué de soutien au journaliste, « qui a fait son travail en portant à la connaissance du public des informations d’intérêt général ».

Le SNJ, indigné par ces « pratiques odieuses qui visent à museler la presse », s’engage à rester attentif « à toutes les suites de cette affaire » et n’hésitera pas à se « porter au côté de son confrère ».

Sur sa page Facebook, le journaliste dit avoir reçu également le soutien de ses confrères du Comité pour la protection des journalistes (CPJ), la Fédération internationale des journalistes (FIJ) ou encore la Fédération européenne des journalistes (FEJ).

Niveau d’alerte renforcée

En effet, ces organisations se sont fendues, ce week-end, d’un communiqué commun, également cosigné par Reporter sans frontières. Chargé par le Conseil de l’Europe d’évaluer la situation des journalistes dans les États membres, la FEJ a élevé cette affaire au « niveau 2 » et, selon nos informations, Marie Fontanel, l’ambassadrice de France au Palais de l’Europe, à Strasbourg, sera appelée à s’expliquer.

Suivant les conclusions de l’enquête de police, Philippe Schreck risque une sanction de la part du Conseil de discipline des avocats, voire une suspension à l’Assemblée nationale. Ce sera la preuve de la force de la démocratie devant la faiblesse de la bêtise.