Deux frères algériens, Rafik et Fouad, ont vécu une histoire tragique, suite à leur tentative d’émigration clandestine entreprise en 2021. L’un d’eux a d’ailleurs péri dans cette traversée, alors que le second a été sauvé in extrémis d’une mort certaine.

Le phénomène d’émigration clandestine ne cesse de prendre de l’ampleur en Algérie. Il a atteint son paroxysme en 2021, avec une hausse de 20 % par rapport à 2020. Selon les chiffres retenus, ils étaient que 10 000 Algériens à avoir réussi à atteindre les côtes espagnoles en 2021. Des dizaines voire des centaines d’autres n’ont pas eu la même réussite.

Pratiquement, se souvient-on, chaque semaine la presse locale faisait état d’une embarcation qui échoue en mer. On recense d’ailleurs toujours des disparus. D’autres ont trouvé la mort.

Rafik et Fouad embarquèrent en 2021 à partir de Mostaganem

Le cas des deux frères Fouad et Rafik est édifiant sur le risque que constitue ces traversées clandestines que des jeunes et moins jeunes, des deux sexes, n’hésitent pas à tenter en quête de meilleurs cieux.

Fouad et Rafik, âgés respectivement de 31 et 25 ans, ont pris la mer au départ des côtes de Mostaganem, à l’ouest d’Alger, le 18 juillet 2021, dans un Zodiac avec 17 autres personnes dont des femmes et des enfants. «  Il était 16h », précise leur autre frère qui a fait part de cette tragique mésaventure au site InfoMigrants. Répondant au nom de Bilel, ce dernier vit à Nantes, en France, après avoir décroché son diplôme dans une université russe.

Le navire coule à mi chemin

« Pendant une heure, poursuit Bilel, ils ont foncé sur l’eau, pour atteindre l’Andalousie. Et puis le moteur est tombé en panne. Avec les vagues, le bateau a commencé à prendre l’eau, et à couler. Une femme et ses deux enfants ont paniqué. Ils avaient très peur de se noyer, alors Rafik leur a donné son gilet de sauvetage ». C’était la panique générale.

« Pour rester hors de l’eau, mes deux frères se sont agrippés, chacun, à un bidon d’essence. Mais, c’était quand même très difficile de tenir. Avec le courant… Et puis le mélange d’essence et de sel leur faisait très mal. Ils se sont perdus de vue », indique encore Bilel.

Fouad sauvé in extrémis, son frère décède

Fouad a été sauvé par un navire qui passait par là.  « L’équipage l’a hissé sur le pont, et il n’a pas arrêté de leur dire de ne pas repartir, que son frère n’était pas loin. Ils l’ont cherché, longtemps, mais ils ne l’ont pas trouvé », explique encore son frère. Fouad a été ainsi emmené sur terre, alors que Rafik a perdu la vie.

« Il a été emmené à la gendarmerie de Mostaganem. Un agent que je connais m’a appelé pour me dire ce qu’il s’était passé. C’est moi, ensuite, qui ai dû l’annoncer à toute la famille. Je n’ai pas réussi à joindre tout le monde. C’était trop dur, j’avais du mal à trouver les mots. Pour soutenir mes parents, je suis tout de suite rentré en Algérie », indique encore Bilel.

Fouad part en Europe malgré tout

Celui-ci affirme par ailleurs que le survivant de cette tragédie n’a pas laissé tomber son projet.  Il a encore tenté des traversées clandestines, mais à chaque fois il a été arrêté par les gardes cotes.  « Alors quitte à ce qu’il parte, je me suis dit qu’il fallait le faire dans les meilleures conditions possibles. Car de toute façon, il n’allait pas céder. Je suis allé voir un passeur, et j’ai accepté de payer plus cher, pour que le bateau soit plus performant. La traversée, c’était 5 000 euros », raconte le frère nantais.

Fouad a finit par rejoindre la France où il vit avec son frère Bilel. La blessure d’avoir perdu leur frère reste cependant toujours béante chez les deux hommes.

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