Un journaliste franco-algérien a été menacé de mort, suite à la publication d’un article sur un candidat du Rassemblement National (le parti de Marine Le Pen), devenu député à l’issue des dernières élections législatives en France. Une plainte a été déposée auprès du commissariat de Draguignan, dans le Var.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que le journaliste n’a pas froid aux yeux. Le 18 juin dernier, Djaffer Ait Aoudia, directeur de publication du journal « Le Correspondant », magazine d’investigation, a balancé un article qui met à nu un candidat d’extrême droite, qui cacherait bien son jeu.

« L’Ordre des Avocats transformé en casino »

Son nom est Philippe Schreck. Il est avocat, ancien bâtonnier et candidat aux législatives (elles se sont tenues dimanche dernier), sur la liste du Rassemblement National, un parti qui a mis le grappin sur le sud de la France, notamment la région du Var.

C’est un notable, « fils d’avocat, mari d’avocat, gendre d’un ancien bâtonnier, lui-même père d’avocat », écrit l’auteur de l’article.

Un certain malaise gagne le lecteur qui découvre que « derrière ce bon notable, qui ressemble drôlement à Zemmour, avec sa petite taille, ses origines pied-noir ou son nom d’un autre monde, se cache un personnage embourbé dans des (sales ?) affaires ».

L’article détaille les accusations. « L’Ordre des Avocats transformé en casino, une sombre histoire de vente aux enchères, passages en conseil de discipline, le tout teinté par la promotion d’extrême droite ».

En clair, il raconte que le candidat Schreck, à l’époque où il était bâtonnier du barreau de Draguignan, a « mis la main à la poche et se lance dans les placements Bourbon, une entreprise spécialisée dans les activités maritimes ».

Il achète pour « 200 000 euros d’actions », pour une entreprise en plein déliquescence. « En un clic, ajoute l’auteur de l’enquête, il fait voler en éclat une bonne partie des fonds dont disposait le barreau de Draguignan ».

Pis encore : le Correspondant, dans une plume acerbe et corrosive, il relate l’époque où Philippe Schreck, encore jeune avocat, était associé au cabinet de son père, Alain Schreck.

Au menu, une « sombre histoire de montage et de partage d’émoluments des judiciaires » et déballe : « A l’époque, la plupart des avocats prenait « leur part du gâteau ». Le cabinet était poursuivi avec l’ensemble de ses associés, dont Philippe Schreck […] traduit en conseil de discipline et interdit d’exercer son métier pendant six mois… avec sursis ».

« On vous enverra mes amis corses pour vous régler votre compte »

A ce jour, aucune plainte en diffamation n’a été déposée contre Le Correspondant. En revanche, le candidat de l’extrême droite et son entourage agitent la hache…

Djaffer Ait Aoudia et son équipe rédactionnelle ont reçu des menaces de mort, prises très au sérieux par l’association Reporters Sans Frontières et par le Syndicat National des journalistes.

Algérie Expat a consulté la plainte déposée par le directeur de publication du Correspondant. Voilà ce qu’elle dit : «  Samedi à 15h 35, je reçois un appel téléphonique du Maître Lionel Ferlaud, partenaire professionnel de Maître Schreck et soutien politique du candidat. Maître Ferlaud, très énervé m’a déclaré : «  je vais vous le dire tout de suite. Philippe (Scheck) est ami de longue date, ce qui vient de se passer ne passera pas comme ça. J’espère que Philippe passera demain (dimanche, 20 juin, jour des élections législatives), sinon on vous enverra mes amis corses pour vous régler votre compte. Et je peux vous dire que ce ne sont pas des paroles en l’air. De toute façon, on se verra. Et Je n’en ai rien à faire que vous enregistriez cette conversation », a noté la plaignant dans sa requête.

« Ce ne sont pas des menaces, mais des promesses »

« Ce matin, ajoute-il, ma compagne, Maître Virginie Feuz, était à l’Ordre des Avocats au tribunal et l’ex-épouse de Philippe Schreck, soutien politique de son ex-mari, a crié en direction de ma compagne : « Dites à votre mari que ce ne sont pas des menaces, mais des promesses » et ce en présence de plusieurs avocats ».

La plainte du journaliste franco-algérien est soutenue par la plupart de ses collègues et des rédactions françaises, mais craint pour sa vie et sa famille. « J’ai couvert l’ensemble des conflits de ces trente dernières années et je crois que je me sens autant en danger que lorsque je faisais mes reportages dans les quartiers les plus chauds de Colombie, en Irak, Haïti ou en Afghanistan », nous a confié le journaliste Djaffer Ait Aoudia.

Cette terrible histoire ouvre une nouvelle page dans l’histoire de la France. Car jamais, depuis de très nombreuses années, un journaliste français n’a été la cible d’une menace sérieuse sur le sol français. Sauf en provenance des islamistes.