La communauté algérienne est fortement présente à l’étranger, notamment en France et au Canada. Malgré l’éloignement et les difficultés rencontrées, les descendants des premières générations d’immigrés ont su relever le défi. Le journaliste algéro-canadien, Maher Mezahi, revient sur son parcours d’enfant d’immigré.

Les flux migratoires ont entraîné, au fil des décennies, une diversification croissante des caractéristiques ethnoculturelles de la population canadienne. Cette diversité s’observe de plus en plus où se côtoie l’ensemble des enfants canadiens, à l’école notamment. Les enfants issus de l’immigration contribuent en effet, à jeter des ponts entre les immigrants adultes qui sont venus s’établir au Canada et le reste de la population.

Ceci a interpellé le jeune journaliste algéro-canadien, Maher Mezahi, qui s’est penché récemment sur cet aspect d’intégration et parle de privilège qu’il a, ainsi que d’autres enfants d’immigrants, par rapport à leurs.

Il est en effet, revenu sur la différence qu’il y a entre les différentes générations. « J’ai remarqué la différence pour la première fois lorsque j’ai grandi au Canada et que j’ai observé le gouffre dans les niveaux de confort entre les immigrants de première et de deuxième génération », a-t-il dit.

« Les opportunités m’attiraient vers l’Algérie »

L’insertion socio-professionnelle et l’intégration de la société d’accueil n’a jamais été un soucis pour des enfants d’immigrés à l’image de Maher. « Pour moi, ce point est arrivé il y a six ans, après avoir obtenu un diplôme en philosophie au Canada, mais au lieu de quelque chose qui m’éloignait du Canada, j’étais plutôt attiré par les opportunités qui m’attiraient vers l’Algérie », évoquant sa volonté d’exercer en tant que journaliste.

En effet, Maher s’est rendu en Algérie pour aider à dynamiser la couverture du football nord-africain en anglais. « Je voulais me rapprocher de la partie de ma famille que je ne voyais que pendant les vacances d’été, je voulais améliorer mon arabe et – surtout – je voulais poursuivre une carrière dans le journalisme de football africain », a-t-il fait savoir.

« Un luxe que je possédais et que mes parents n’avaient pas »

Avec la possibilité de partir travailler ailleurs, loin des clichés et de la stigmatisation, c’est en Algérie, pays de ses aïeux, que Maher s’est vraiment épanoui. « Il y a quelque chose à dire sur le fait de vivre dans un endroit où je pouvais sentir que je faisais une différence. Il y a beaucoup de grands journalistes de football nord-africains qui écrivent en arabe et en français, mais pas tellement en anglais ».

En effet, il a pu réaliser en Algérie ce que les autres canadiens n’ont pas pu faire : « j’avais l’impression d’innover, ou du moins d’avoir plus d’impact que si je faisais le même travail au Canada. À l’atterrissage, j’ai eu le premier aperçu d’un luxe que je possédais et que mes parents n’avaient pas lors de leur immigration ».

Loin des « minorités visibles »

Tout en reconnaissant son attachement au pays d’accueil, le journaliste algéro-canadien, après tant de générations qui se sont sacrifiées, le poids de la ségrégation et de marginalisation demeure.

« Pour être tout à fait honnête, le Canada a été bon pour moi et ma famille. Comme de nombreuses familles musulmanes, nous avons fait face à un certain racisme après les attentats du 11 septembre, mais ces épisodes, il y a maintenant plus de deux décennies, étaient isolés et ne reflétaient pas le plus grand bien là-bas, » indique-t-il.

Pour lui, revenir en Algérie est une délivrance de tout ce passé ayant véhiculé tant de blessures et de déchirement. « Pour la première fois de ma vie, je n’appartenais plus au bassin des « minorités visibles ». Il n’y avait aucun fardeau ou peur que je sois un jour profilé racialement ou ethniquement et ce fut une expérience vraiment libératrice », lâche le jeune journaliste.

A cause de la pandémie de Covid, comme la majorité des ressortissants algériens établis à l’étranger, Maher découvre une Algérie coupée du monde. Aux côtés des difficultés économiques qui ont suivi n’ayant épargné personne, le journaliste estime qu’en Algérie la situation est difficile.

Le privilège du « retour à la maison »

« Pour aggraver les choses, la répression des retombées des manifestations antigouvernementales de 2019 a laissé peu de place pour exprimer sa frustration dans les forums publics », a-t-il fait savoir.  Toutefois, à l’inverse des ses concitoyens algériens, Maher reconnaît un autre privilège du fait de sa résidence au Canada.

« Ainsi, après sept ans de « retour à la maison », j’exerce maintenant un autre privilège : partir. Pouvoir faire ses valises et quitter la patrie engendre la culpabilité », a-t-il souligné en ayant une pensée à tous ses jeunes qui aspirent au départ sans pourvoir le faire !

Avant de poursuivre : « psychologiquement, je me suis personnellement sentie plus libéré ici, mais j’ai aussi appris le privilège d’avoir plusieurs endroits que je peux appeler chez moi et les conséquences pour ceux qui ne le peuvent pas ». Libéré de cette pression négative d’être un immigrant.

Maher Mezahi, ou l’« immigration inversée »

Pour lui, les anciens malgré leur naturalisation, marchaient sur la pointe des pieds lorsqu’il s’agissait de revendiquer leurs droits, comme s’ils craignaient d’être renvoyés chez eux à tout moment même après avoir été naturalisés.

« Ils ont également transmis une sorte de charge mentale, qui consistait à comprendre que nous sommes en quelque sorte représentatifs d’un groupe démographique plus large et que nous avions donc la responsabilité de donner une image positive », reconnaît-il.

Maher estime qu’il arrive un moment dans la vie de presque tous les immigrants de deuxième génération où la perspective de déménager dans le pays « d’origine » et de découvrir cette deuxième maison est sérieusement envisagée.

« Les sociologues ont nommé le phénomène « immigration inversée », notamment lorsqu’il s’agit de personnes se déplaçant de l’Occident vers des pays moins aisés. Pour certains, le déménagement est motivé par un élément de rejet dans leur pays de naissance », conclut-il.

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