Les mémoires rivales autour de la guerre d’Algérie empoisonnent le lien entre la France et l’Algérie. Benjamin Stora propose donc d’apaiser les mémoires rivales autour de cette guerre. 60 ans après le cessez-le-feu, l’historien décrypte une saga aux résonances si actuelles et compare la guerre d’Algérie à celle que vit l’Ukraine actuellement.

Co-auteur avec Georges-Marc Benamou de la série « C’était la guerre d’Algérie« , Benjamin Stora ambitionne de dire enfin tout sur le conflit franco-algérien sans omettre un seul chapitre. Il estime que le passage d’une mémoire communautarisée à une mémoire commune garantit une meilleure cohésion nationale.

Pour lui, ce qui se passe actuellement en Ukraine est similaire au conflit franco-algérien d’il y a plus de 60 ans. « J’ai été frappé récemment par les propos de soldats russes que l’on interrogeait sur leur intervention en Ukraine. Ils ne parlaient pas de guerre, mais de « maintien de l’ordre » ou « d’opération de police ». La « même guerre de mots » que l’on menait pendant le conflit franco algérien. », a-t-il regretté.

Les guerres sont-elles différentes ?

« Dans des situations de guerre, on peut toujours établir des liens », estime Benjamin Stora. Et entre celle d’Algérie celle qui se déroule actuellement en Ukraine, M. Stora détecte un point commun : « celui de la non volonté par un empire vieillissant, en l’occurrence la Russie, qui ne reconnait pas le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ! », a-t-il remarqué. En effet, la Russie n’a reconnu l’indépendance de l’Ukraine qu’en 1997.

« Pour l’Algérie, on avait un énorme empire colonial français qui n’a pas voulu reconnaître l’aspiration de peuples à disposer d’eux-mêmes. D’où la guerre en Algérie », poursuit-il. Mais très longtemps, la France ne parlait pas de guerre mais « d’opération de maintien de la paix » en Algérie, comme le fait aujourd’hui Poutine avec l’Ukraine ! « Car l’Algérie était considérée comme une partie de la France. Le terme de « guerre » n’est apparue que très récemment », reconnait-il.

« C’était la guerre d’Algérie », de la pédagogie historique !

A propos de la série documentaire « C’était la guerre d’Algérie », dont il est co-auteur, Benjamin Stora estime que c’est un événement dans le sens où elle offre un regard à 360 degrés de cette histoire pas seulement douloureuse. Selon lui, « l’intérêt, c’est de regarder les choses sous tous les angles.

« Notre ambition, c’est de transmettre, le passage d’informations. Il faut que chacun comprenne l’histoire de l’un par rapport à l’autre; c’est très difficile aujourd’hui compte tenu des séparations identitaires », a-t-il voulu expliqué.

Et de conclure : »L’objectif de cette série, c’est regarder de tous les côtés, tout en expliquant qu’il y a eu des colonisateurs et des colonisés. Une fois que l’on a posé ce principe, il faut regarder les blessures refermées ou pas de tous les côtés. Nous avons fait un film à hauteur d’hommes et de femmes ».

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